Observer.
Un mot que l’on entend souvent dans le secteur de la petite enfance… mais que met-on réellement derrière ce terme ? Et surtout, qu’observe-t-on vraiment ?
Dans notre quotidien auprès des enfants, l’observation est bien plus qu’une simple compétence : c’est un outil essentiel, un véritable super-pouvoir professionnel. Pourtant, elle reste encore trop souvent associée exclusivement au rôle de l’EJE.
Alors, mythe ou réalité de terrain ?
Plongeons ensemble au cœur de cet outil clé, à remettre sans hésitation dans la boîte à outils de chaque professionnel de la petite enfance, quel que soit son diplôme.
1. Observer, ce n’est pas surveiller
Observer, ce n’est pas attendre la fin de la journée en regardant l’heure.
Ce n’est pas non plus analyser rapidement un comportement en collant une étiquette sur un enfant.
Observer, c’est prendre le temps.
Le temps de regarder l’enfant évoluer, interagir, expérimenter, exprimer ses émotions. C’est être attentif à ce qu’il dit, mais aussi à ce qu’il ne dit pas. C’est poser un regard bienveillant, sans jugement, afin de mieux comprendre l’enfant dans sa globalité : son développement, son rythme, ses besoins et ses compétences.
Vous allez me dire, “mais on a pas le temps” ! Prendre le temps nécessaire sera tout aussi bénéfique pour vous et votre équipe que pour l’enfant.
L’observation est une véritable méthodologie, qui demande du temps pour être assimilée. C’est en l’expérimentant au quotidien, que l’on en comprend pleinement l’intérêt.
Mais pourquoi observe-t-on ?
Parce que chaque enfant est unique et qu’en tant que professionnel de la petite enfance, notre rôle est de l’accompagner dans son individualité, en adaptant nos pratiques à ses besoins.
L’observation permet d’ajuster notre accompagnement, de repérer les évolutions comme les éventuelles difficultés. Elle aide à anticiper, à soutenir, à rassurer. Elle constitue également un appui précieux pour les échanges avec les familles, en s’appuyant sur des faits observés plutôt que sur des suppositions.
Observer, c’est agir avec sens.
2. C’est le rôle de l’EJE… vraiment ?
Sur le papier, l’observation occupe une place centrale dans la formation d’EJE. Mais sur le terrain, la réalité est bien différente.
Auxiliaires de puériculture, professionnels titulaires d’un CAP Petite Enfance, agents de crèche, psychomotriciens, infirmiers… tous observent. Lors des temps de soins, des repas, de jeu ou de l’endormissement, chacun repère des éléments parfois invisibles autrement.
L’observation n’est donc pas une question de diplôme, mais de posture professionnelle. Une équipe qui observe est une équipe qui avance. Lorsqu’elle est partagée, l’observation devient un véritable levier de réflexion collective. Elle nourrit les échanges, renforce la cohérence des pratiques et permet une meilleure compréhension de l’enfant. Croiser les regards, confronter les points de vue, réfléchir ensemble : c’est là que l’observation prend tout son sens.
3. Et si l’on donnait à l’observation la place qu’elle mérite ?
L’observation ne devrait jamais être reléguée au second plan, par manque de temps ou de reconnaissance. Elle est un pilier de la qualité d’accueil et un outil au service du bien-être de l’enfant et de sa famille. Elle doit faire partie intégrante du projet pédagogique de chaque structure, afin que les équipes puissent se l’approprier et la mettre en œuvre à leur manière.
Que l’on soit EJE, AP ou titulaire du CAP AEPE, une chose est certaine : l’observation se construit grâce à la pluralité des regards.
Pour qu’elle devienne un véritable outil professionnel, et non une injonction supplémentaire, elle doit être pensée, organisée et intégrée au quotidien.
Bonne nouvelle : nul besoin de matériel complexe ni de longues heures de rédaction.
4. Observer concrètement : comment faire en structure petite enfance ?
Tout commence par une posture.
Observer, c’est se rendre disponible. Cela implique parfois de ralentir, d’accepter de ne pas intervenir immédiatement, de laisser l’enfant faire, essayer, se tromper. L’essentiel est d’être pleinement présent, attentif aux gestes, aux regards, aux interactions et aux émotions.
Pour débuter, il est préférable de se fixer un objectif simple : observer un enfant, un moment ou une situation précise. Vouloir tout voir et tout analyser à la fois peut rapidement devenir décourageant. Une observation ciblée et régulière est bien plus pertinente qu’une observation exhaustive mais ponctuelle.
Mettre des mots sur ce que l’on observe est une étape clé. Il s’agit de décrire des faits, sans interprétation :
« L’enfant empile trois cubes puis les fait tomber » plutôt que « Il est maladroit ».
Cette distinction est essentielle pour conserver une observation objective et exploitable par l’ensemble de l’équipe.
L’observation prend encore plus de valeur lorsqu’elle est partagée. Temps de transmission, réunions d’équipe, supports communs : peu importe la forme, tant que les observations circulent. Croiser les regards permet d’enrichir la compréhension de l’enfant et d’éviter des conclusions hâtives ou dénuées de sens.
Enfin, observer sans ajuster ses pratiques n’aurait que peu d’intérêt. L’observation sert à agir : adapter un aménagement, proposer un autre rythme, repenser une activité, faire évoluer sa posture professionnelle. Elle devient alors un véritable levier de qualité d’accueil.
Alors, si l’on décidait, ensemble, de remettre l’observation au cœur de nos pratiques ?