Un parcours VAE n’est pas un simple parcours professionnel, c’est une réflexion réfléchie afin d’évoluer dans un domaine où la passion est de prime.
C’est ce que Lauriane nous a démontré lors de cette interview au sein de sa crèche Chocolat-Vanille à Saint-André-de-Cubzac.
Lauriane est devenue éducatrice de jeunes enfants par le biais de la VAE en novembre 2025. Un chemin semé d’embûches, mais elle n’a pas lâché et a mis toutes les chances de son côté pour y arriver.
« J’ai travaillé avec des enfants depuis que j’ai 18 ans »
Chez Lauriane, rien n’est arrivé par hasard.
BAFA en 2002. Animatrice. Puis dix ans auprès d’enfants en situation de handicap. Cinq ans en aide à domicile. Deux ans en halte-garderie itinérante. Un CAP Petite Enfance en poche.
« J’ai toujours travaillé dans des domaines différents. »
En 2018, elle pousse la porte de la crèche Chocolat-Vanille.
« Je suis arrivée pour un remplacement, dans une équipe déjà constituée. »
Un petit remplacement… mais une grande implication. Dès que son poste s’est stabilisé, elle s’est investie pleinement.
« Ça a été crescendo »
Au départ ?
« Les petites choses de base. »
Valider des horaires atypiques. Ajuster les plannings. Être là où on a besoin d’elle.
Puis, progressivement, « ça a été crescendo ». Projet pédagogique. Encadrement de stagiaires. Factures. Inscriptions. Premiers entretiens avec les familles.
« Au fil du temps, j’ai fait mes preuves. Et je me suis retrouvée à être la plus ancienne. »
Sans forcément le revendiquer, elle occupe déjà une posture d’EJE.
Le déclic : « Pour moi, vous étiez déjà EJE »
L’idée était là, en arrière-plan. Elle avait tenté le concours sans succès.
Et puis une phrase.
Une stagiaire lui dit :
« Pour moi, vous étiez déjà EJE. »
Cette phrase reste.
Mais Lauriane doute.
« Je doute très, très vite. »
Elle tente une première fois la VAE. N’ose pas aller au bout.
En 2024, elle recommence.
Cette fois, elle ne sera pas seule.
« J’aurais pas été accompagnée, je pense que j’aurais laissé tomber. »
L’accompagnement devient un appui, presque un filet de sécurité.
« Le fait de pouvoir parler de son travail, ça enlève une pression. On ne se sent pas seule. »
Le livret 2 : face à soi-même
Écrire sa pratique, c’est autre chose que la vivre.
« Ça occasionne une grosse remise en question. »
Trouver les mots. Faire le lien avec les domaines de compétences. Être précise, sans trop en dire. Développer, sans se perdre.
« Quand on se relit, on se dit : “Je fais vraiment ça ?” »
Elle évoque une situation autour du sommeil d’un enfant.
Les parents ne voulaient pas de sieste. L’enfant montrait son besoin.
« Pour moi, c’est le plus gros échec. »
Malgré les échanges :
« On n’a pas réussi à trouver un terrain d’entente. »
À l’oral, le débat continue. Même le jury n’est pas d’accord entre eux.
Preuve que le métier n’est jamais tout blanc ou tout noir. Et finalement, c’est aussi ça être EJE : avoir sa propre identité professionnelle.
« Le premier mot, ce serait l’observation »
Si elle devait résumer le métier en un seul mot ?
« L’observation. c’est le centre. »
Observer les rythmes. Les regards. Les silences. Les interactions.
« Après de tout ça, va découler plein de choses : le respect, la bienveillance, le consentement. »
Son expérience dans le handicap a forgé cette posture.
« Là, vous êtes obligé d’aller plus loin. »
Aller plus loin dans l’analyse. Dans l’adaptation. Dans la compréhension fine des besoins.
Novembre 2025 : la reconnaissance
Elle le dit simplement :
« Inconsciemment, j’ai toujours travaillé en tant que tel. »
Mais le diplôme change quelque chose d’essentiel.
« La confiance et surtout la reconnaissance. »
Reconnaissance de ses années d’expérience.
Reconnaissance de son investissement.
Reconnaissance de ses compétences.
Son message à ceux qui hésitent
Lauriane ne vend pas de rêve.
« Il faut vraiment que ce soit réfléchi. Pas parce que c’est la mode. »
Une VAE, ce n’est pas une formalité.
C’est une confrontation à soi-même.
Une remise en question.
Un engagement.
Mais c’est aussi une preuve.
« Je pense qu’on n’arrête pas d’apprendre. »
Et c’est peut-être ça, finalement, le fil rouge de son parcours.